La création de valeur se retrouve au cœur de la gestion d’entreprise. Il fut un temps où l’objectif principal d’un dirigeant d’entreprise était la création de valeur pour les actionnaires. En effet, l’attente de ces derniers déterminait et détermine encore en grande partie la valeur d’une entreprise. En fait, plus élevée est l’attente des actionnaires plus élevée est la demande pour les actions de l’entreprise, d’où son appréciation par le marché. Cependant, la poursuite d’un tel objectif se révèle aujourd’hui plus complexe en raison de la prise en considération de la responsabilité sociale de l’entreprise. Celle-ci impose des contraintes additionnelles aux dirigeants d’entreprise ne serait-ce que par la nécessité de créer de la valeur non seulement pour les actionnaires, mais encore pour toutes les parties prenantes de l’entreprise. À ce titre, à l’heure actuelle les entreprises se voient contraintes de retourner aux populations une partie de leurs profits en contrepartie des impacts environnementaux et sociaux de leurs activités. Dans la même veine, les consommateurs se montrent de plus en plus concernés par l’empreinte écologique de leur consommation et décident de leurs achats en fonction de la responsabilité sociale des entreprises. De plus, la forte concurrence actuelle sur les marchés autorise les consommateurs à exiger beaucoup plus sans vouloir payer davantage. Tous ces facteurs contribuent à réduire la marge bénéficiaire des entreprises.
Dans ce contexte, comment maximiser la création de valeur pour les actionnaires?
Quels sont les paramètres qu’on doit surveiller et ajuster continuellement pour y arriver?
Nos trois premières séries de billet répondent à ces interrogations. Ce présent billet décrit et explique l’équation de création de valeur et les deux autres qui s’en suivent se concentreront sur les procédés et stratégies utilisés pour faire croître la création de valeur.
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J’imagine que vous avez hâte de comprendre le processus de création de valeur, c’est normal, puisqu’il constitue l’essence même de la gestion d’entreprise.
En fait, le processus de création de valeur pour les actionnaires prend appui sur un concept fondamental, communément appelé fonds propres.
Les fonds propres désignent l’avoir des actionnaires ou encore l’investissement de ces derniers dans une entreprise. Au fil du temps, les fonds propres peuvent prendre ou perdre de la valeur.
Ce qui amène à distinguer de plusieurs valeurs de fonds propres, comme :
- la valeur comptable des fonds propres;
- la valeur marchande des fonds propres et;
- la valeur ajoutée des fonds propres.
Il importe de bien appréhender ces trois notions de fonds propres pour pouvoir comprendre le processus de création de valeur destinée aux actionnaires.
La valeur comptable des fonds propres (VCFP) représente la mise de fonds initial effectuée par les actionnaires à un moment donné. Sur cet investissement les actionnaires exigent un certain rendement soit Ks (taux de rendement exigé par les actionnaires). Les bénéfices générés par l’entreprise et qui ne sont pas distribués aux actionnaires sous forme de dividendes viennent augmenter le fonds initialement investi par les actionnaires.
La valeur marchande des fonds propres (VMFP) est définie comme étant la valeur actualisée des flux monétaires que les actionnaires recevront dans le temps.
Valeur marchande ajoutée des fonds propres (VMAFP) est la différence entre la valeur marchande des fonds propres et la valeur comptable des fonds propres. D’où :

Restons sur la valeur marchande des fonds propres (VMFP) et posons l’hypothèse d’une entreprise qui ne croît pas dans le temps et dont les flux monétaires destinés aux actionnaires sont identiques jusqu’à l’infini. Ce qui refléterait évidemment la situation d’une entreprise qui verse la totalité de son bénéfice en dividende aux actionnaires.
Dans ce cas, la valeur marchande des fonds propres sera le rapport entre le flux de bénéfices versé aux actionnaires par le taux de rendement exigé (Ks). Ce qui se traduit par :

L’autre notion à maîtriser pour pouvoir comprendre la création de valeur aux actionnaires est la rentabilité des fonds propres dont le terme anglais équivalent est return on Equity (ROE). Il est égal au rapport du bénéfice net (BN) à la valeur comptable des fonds propres (VCFP). Ce qui se traduit par l’équation suivante :

Par déduction,

Substituons l’équation (5) dans l’équation (3), on obtient :

Avec un arrangement mathématique, l’équation (6) devient :

En comparant les équations (2) et (6‘), on en déduit:

Donc, pour pouvoir maximiser la création de valeur destinée aux actionnaires, il suffit de maximiser la valeur marchande ajoutée de fonds propres. Il s’agit de la somme actualisée de la VMAFP dans le futur. Soit :

Deux points importants sont à souligner dans l’équation de création de valeur, soit l’équation (7).
- Il y a création de valeur si et seulement si le taux de rendement réalisé (ROE) est supérieur au taux de rendement exigé par les propriétaires de fonds propres (ROE > Ks). Par contre, quand le taux de rendement réalisé (ROE) est inférieur au taux de rendement exigé par les propriétaires de fonds propres (ROE < Ks), l’entreprise détruit la valeur de fonds propres. Et, lorsque ROE = Ks, il n’y a ni création, ni destruction de valeur. Dans les deux derniers cas, il serait mieux aux actionnaires d’investir leur avoir sur le marché.
- La création de valeur est influencée par trois (3) paramètres, à savoir : le ROE, le Ks et la VCFP.
Le deuxième billet abordera l’amélioration de la valeur marchande ajoutée du fonds propre (VMAFP) à partir du ROE. Et, le troisième se portera sur l’amélioration de la VMAFP via le Ks et la VCFP.
NB: Ce texte est inspiré en grande partie de:
- Page J.P. (2005), Gestion financière et création de valeur ajoutée.
- L’her J.F. et Suret J.M. (1998), Analyse financière et valeur ajoutée.